Vide infâme.
C’est à force de les entendre se plaindre depuis tant d’années que m’est venue l’initiative.
Parce que je m’en suis fadé des tombereaux de jérémiades, les sempiternelles litanies sur leur condition soi-disant si ingrate « Faire le ménage … blabla … s’occuper des mioches … blabla … être moins bien payées … tralala… toujours l’angoisse d’être belle … et bli et bla et ainsi de suite »
Alors, il y a peu, j’ai relevé le gant, je suis allé voir une fée qui m’a transformé en femme pour une journée. Voici le compte rendu de celle-ci.
8h00 : à peine réveillée que la nature taraude ma vessie. En ce matin exceptionnel, je décide de franchir le pas vers cette frontière qui m’a si souvent attirée et je pisse debout. C’est pas bien difficile en fin de compte. C’est même plutôt rigolo de s’appliquer à viser. Faudra que je signale le coups aux copines.
8h30 : au sortir d’un petit déjeuner léger (thé et une demie orange), il m’est apparue comme une illumination que j’étais ridicule à m’affamer comme ça et j’ai enquillé sur rillettes, bacon, œufs au plat, patates et café avec quatre sucres. Une vraie femme se doit de pouvoir tenir le coup. Puis, j’ai roté comme un bucheron. Ca m’est venu tout seul dis donc. C’est vachement sympa comme sensation. Je ne serai plus jamais sévère avec un gars qui émet de si belles vibrations. J’irai peut être même jusqu’à l’encourager en applaudissant.
8h35 : j’ai été chier un gros coup. J’ai beau être une princesse, ça fait du bien. Mais ça puait.
8h45 : sous ma douche, je me suis longuement lavé les seins. C’est un truc qu’on fait beaucoup nous autres femmes. J’ai décidé de pas raser les poils qui ornent mes jambes. Parce que ça me saoule, que ça prend du temps, que finalement c’est plutôt joli et qu’il y en a grave marre de subir le diktat du regard des mâles. S’il y en a qui me veulent, il faudra qu’ils m’acceptent telle que je suis. Par conséquent, je ne me maquille pas non plus.
8h50 : ayé, je suis fringuée. Vachement mode attention : jeans, tee-shirt AC/DC, chaussettes blanches et baskets. Je ne lis pas Vogue, Marie-Claire, TopStyle, Women et l’Equipe pour rien. Les fautes de goût sont rarement pardonnées à nous les femmes.
Néanmoins, vu qu’aujourd’hui c’est la révolution, j’ai dit adios aux strings qui me cisaillent le fion et bonjour à un chouette vieux kangourou. C’est absolument génial ! C’est bien simple, j’aimerai avoir des burnes pour qu’elles s’y sentent à l’aise.
Comme il n’y a pas de Narta, je tente un déodorant sport. Ca soulage de ne pas être obligée de tourner sur moi-même en levant les bras pour claquer des mains après m’en être mis. Si vous voulez mon avis, nous les femmes avons des produits bizarres des fois.
9h00 : je suis dans le train. Je les ai vu venir à trois kilomètres, leur ai jeté des regards super froids et pourtant une bande de gros lourds s’approche de moi. Les mecs, dès qu’ils sont en groupe, ils ne peuvent pas s’empêcher.
Alors je m’en fous, je me défends en criant « Non mais laissez-moi tranquilles. Vous n’avez pas honte de vous en prendre à une faible femme ? »
Au début, ils me regardent médusés. Haha !! Et oui messieurs, il va falloir vous y habituer, les jolies biches se laissent pousser les crocs.
Mais ils se reprennent et insistent à mort. Tant et si bien que je finis par baisser les bras : je leur montre mon passe Navigo alors que je sais bien que ce qui intéresse ces contrôleurs c’est mon nom et prénom pour me traquer sur internet et me harceler à coups de «Oh toi toi toi, ton corps m’a rendu fou »
10h00-12h00 : quand je pense que certains machistes prétendent que nous ne nous intéressons pas à la technique. Alors qu’après avoir réussi à craquer le compte admin de mon PC, j’y ai installé Warrior Doom Strike 3 Special Gold Limited Edition et j’ai joué en réseau le reste de la matinée avec un pote. Les idées reçues ont la vie dure.
Par contre, le fait avéré c’est que nous les femmes devons nous battre plus que les hommes pour nous imposer dans le monde de l’entreprise. Heureusement, il y a les cheat codes.
12h00-14h00 : c’est imprimé en gras dans tous les magasines, les femmes se doivent de garder la ligne. C’est très important sinon il se passera un truc terrible genre les martiennes vont débarquer et nous foutre la honte avec leurs silhouettes longilignes. Et moi, je ne suis pas du genre à déconner avec ça.
Ma silhouette je la soigne aux petits oignons. Rissolés dans du beurre pour accompagner le steak frites. Comme c’est bientôt l’été, je prends des fraises chantilly pour le dessert. C’est la saison, j’ai totalement le droit. Eco responsabilité et moi ne faisons qu’un. Par contre, pas de sucre dans le café. Tout est dans la mo-dé-ra-tion. Faudrait l’expliquer aux hommes qui n’entravent rien à la diététique.
14h00-17h00 : les mâles, ils croient aussi qu’on passe notre temps de travail à papoter au téléphone ou entre collègues. Je peux réfuter cette croyance sans problème, puisque c’est par mail que j’ai communiqué. J’ai reçu, vu et transmis tout l’après-midi des petits jeux à la con et des images rigolotes ou coquines. Je regarde surtout les présentations power point avec plein de gisquettes à poil. Parce que ça vient toujours des mecs et ça prouve clairement qu’au niveau de l’obsession sexuelle, ils se posent un peu là. N’empêchent qu’elles sont rudement gaulées les poulettes.
18h30 : je voulais prendre une laitue et deux tomates au supermarché, histoire de tenir dix, quinze jours. Et puis je me suis souvenue que j’ai oublié ma carte de fidélité à l’appartement. Ce serait dommage de donner des sous sans recevoir mes points. Depuis un an, j’en suis à 310 et au bout de 4000, j’ai droit à une paire de tongs Hello Kiki gratuite.
Par contre, j’ai ma carte de chez Toto Pizza, et pour l’achat de cette campagnarde géante à emporter (lard, oignons, crème fraîche, mozzarella, patates, crème fraîche, lard, lard), j’aurai droit à un pot de glace de 500ml. Je prends la classique (vanille avec des bouts de brownies, des éclats de chocolat, des morceaux de caramel fondu, du chocolat fondu, de la noix de pécan et du lard grillé.) Ça tombe plutôt bien, il fait chaud et nous les femmes avons l’interdiction totale de transpirer.
20h00 : j’ai tout mangé, je suis repue, affalée sur le canapé devant la télé. Je me félicite chaudement d’avoir fait un petit détour chez le commerçant de proximité pour acheter des bières fraîches.
Un, à cause du coup de la transpiration expliqué ci-dessus. Ca me tient à cœur de rester féminine.
Deux, ça aide à faire passer les morceaux d’oignons de la pizza. C’est pas très digeste ces trucs.
Trois, ça fait roter fort. Et depuis ce matin, je suis adepte.
Quatre, il n’y a aucune raison que la dégustation de bière soit l’apanage des seuls mâles.
20h45- 23h00 : foot à la télé. Je regarde avec attention, non pas parce que j’aime ça mais pour contrer l’odieuse assertion qui prétends que nous les femmes n’y connaissons rien. Il m’a fallu moins d’une minute pour identifier les systèmes de jeu (4-5-1 moderne Vs audacieux 4-3-3 old school), et moins de deux pour commencer à insulter l’arbitre. D’ailleurs, le hors jeu était vraiment litigieux.
Cette bière fait vraiment roter très fort. Un régal.
A la mi-temps, j’ai encore écorné mon statut de princesse.
00h00 : tandis que mon esprit glisse lentement vers les limbes de la nuit, je fais un bilan somme toute impartial : j’avais raison, bien que les hommes soient rien que des hypocrites la vie de femme c’est vraiment pas difficile.